Constructeurs de véhicules et fabricants de logiciels : la guerre n’aura pas lieu… comme prévue

Avec le déplacement de la chaîne de valeur dans l’automobile – de l’objet aux services, de la possession à la location, du monopole de la voiture à la multimodalité – beaucoup d’observateurs prévoient une guerre sans merci entre constructeurs de véhicules et fabricants de logiciels. Cette guerre n’aura pas lieu, ou du moins n’aura pas lieu comme prévue :

  • Les exemples de coopération entre les OEM et les GAFAS sont légion et confirment que les géants de l’économie numérique ne deviendront pas fabricants de voitures. Certes il y a la Google car, mais construire une voiture en grande série avec des standards de qualité de plus en plus élevés est un métier, et un métier difficile auquel ne sont pas prêts les spécialistes du code et du logiciel. Les difficultés de Tesla le montrent chaque jour (Ford construit en 4h autant de voitures que Tesla en une semaine !) Et à tout prendre, il serait plus facile aux GAFAM d’acheter un constructeur que d’essayer de réinventer un métier complexe. A l’inverse, les constructeurs ont enfin compris qu’ils ne pouvaient pas doter seuls leurs véhicules de l’ensemble des fonctionnalités demandées par les clients de la voiture connectée, électrique et demain autonome.  Et ils multiplient leurs partenariats.
  • Ces coopérations vont loin et les grands constructeurs s’y lancent tous. Softbank entre dans le cockpit des véhicules autonomes de GM, Toyota investit 1 milliard de dollars dans GRAG spécialiste du transport à la demande en Asie, PSA est partenaire de Huawei ou de KBRW parmi beaucoup d’autres, Renault travaille avec Microsoft, Google et aussi… Amazon qui s’est vue confier par le constructeur la réalisation des essais de véhicule au domicile du client. Ces coopérations-compétitions touchent les acteurs technologiques, les start-up de data analysis, les centres de recherche universitaires, etc. et remodèlent complètement la carte de l’industrie automobile.…

Non, la guerre ne sera pas frontale, elle aura lieu sur deux autres fronts :

  • La recherche des meilleures start-up, capables d’innover avec un time to market rapide et une innovation différenciante. Presque tous les constructeurs ou grands équipementiers ont créé leur incubateur chargé de la veille sur les futures pépites. Il y a plusieurs dizaines de milliers de très petites entreprises à la recherche de la bonne idée qui apportera un plus peu coûteux, avec un business model solide parce que le service est réellement demandé par le client. No customer, no business. Trouver les pépites est devenu une priorité des constructeurs, et les prix pour les acquérir n’ont pas de limites !
  • La recherche de talents capables de réaliser l’intégration entre constructeurs classiques et entreprises du Net. Même si les deux mondes commencent à s’apprivoiser, la difficulté est toujours réelle pour incorporer des talents nés avec internet dans des entreprises encore très verticalisées et qui ont du mal à avoir la rapidité d’exécution nécessaire.

Ces guerres commencent à peine et elles seront brutales. Il y aura beaucoup de perdants et quelques gagnants qui feront l’automobile de demain.

Nos savoir-faire dans le secteur de l’industrie et des services

Jacques Chauvet est Advisor de TNP depuis 2013. Ancien membre du Comité de Direction de Renault dans ses fonctions successives de Directeur de la Division Pièces et Accessoires, puis Directeur Commercial France, puis président de la région EUROMED et à ce titre président de Dacia, Jacques a ensuite dirigé le pôle de compétitivité MOV’EO

Auteur: Jacques CHAUVET

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