La disruption et l’IA

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Synthèse du livre “Disruption : Intelligence artificielle, fin du salariat, humanité augmentée” par Stéphane MALLARD (Blu Age).

Qu’estce que la disruption ?

Le terme “disrupter” évoque un mélange de rupture et de révolution, à la fois rapide, brutale et inéluctable. Il s’agit d’une dynamique puissante qui vise à faire tomber le système en place avec la technologie.

Dans l’économie digitale, la simplicité devient la norme et l’expérience client une exigence. Tout ce qu’un client vit, ressent et éprouve en interagissant avec une entreprise est une source de valeur considérable.

Au départ, les disrupteurs identifient quelque chose qui ne va pas, un problème, une frustration, une expérience décevante. Puis, ils bâtissent leur offre en réponse à ces déceptions. La disruption requiert une amélioration rapide et constante jusqu’à offrir une expérience exceptionnelle à tous les niveaux : de l’intention d’achat à l’utilisation du produit, en passant par le service client.

Chacun d’entre nous est confronté à la même pression darwinienne de l’excellence et de l’adaptation. Le seul moyen d’éviter de se faire disrupter est de se disrupter soi-même. Mais pour se saborder, il faut une vision. C’est pourquoi les gestionnaires doivent disparaître et laisser la place aux entrepreneurs, qui savent voir avant tout le monde où se situera la valeur dans le futur.

Quelle est la finalité de l’IA ?

L’IA (Intelligence Artificielle) va transformer le monde dans lequel nous entrons et va bouleverser la vie personnelle et professionnelle de chacun de nous. L’IA constitue une bonne nouvelle car elle permet de créer un environnement de valeur, qui s’illustre notamment par les progrès spectaculaires dans le domaine de la santé.

Le principe de l’IA consiste à nourrir les algorithmes avec des données pour générer de l’intelligence et développer de nouvelles tâches. Grâce au “Deep Learning” et au “Reinforcement Learning”, les algorithmes sont capables de reconnaître leur environnement et d’atteindre des objectifs.

Le but ultime de l’IA est de pouvoir faire faire par une machine tout ce que le cerveau humain réalise, y compris la créativité. Il existe des algorithmes qui font de la peinture, de la musique, des articles de presse, de la littérature. Toutes nos fonctions cognitives sont progressivement modélisées par l’IA : reconnaître son environnement, comprendre le langage, s’exprimer, raisonner, mémoriser, réaliser des tâches, créer…

A titre d’exemple, la banque JP Morgan a annoncé qu’elle utilise une IA pour analyser des contrats sur les prêts commerciaux. L’algorithme est capable de réaliser en quelques secondes ce qui nécessitait auparavant plus de 360 000 heures de travail par an de la part des avocats de la banque.

Il est naïf de croire que la finalité de l’IA est d’être complémentaire de l’humain. Pour le moment, l’IA est complémentaire uniquement parce qu’on ne sait pas encore confier à la machine la totalité des tâches effectuées par l’homme. Mais si la machine parvient à imiter le cerveau humain, il ne restera plus de travail pour l’homme.

Quelles sont les perspectives de l’IA ?

Facebook est capable de connaître en temps réel nos opinions politiques, notre humeur, nos relations à venir… et même notre propension au suicide. Une récente étude a confirmé que Facebook disposait également de la capacité de changer l’humeur de ses utilisateurs selon les contenus affichés.

Pour éprouver des émotions, nous n’avons pas besoin d’être face à un être humain, comme l’illustre le succès des dessins animés. Grâce aux progrès de l’empathie, l’usage de la technologie provoque aussi des émotions chez les êtres humains.

L’enjeu est désormais d’agréger les algorithmes pour utiliser un seul point d’entrée, de faire disparaître nos ordinateurs, nos smartphones, nos applications et de nous proposer à la place un assistant intelligent à notre service.

Rapidement, les assistants intelligents deviendront nos experts personnels, médecin, avocat, banquier, confident… Ils chercheront à nous connaître en permanence et comprendront notre personnalité, nos envies, nos besoins, avant même que nous en ayons conscience parce que nous sommes bien plus prévisibles que nous le pensons. Ils seront nos intermédiaires et défendront nos intérêts en toutes circonstances.

Comment l’IA vatelle rebattre les cartes ?

La connaissance n’est plus un actif stratégique ni un facteur différenciant. Elle est devenue une commodité disponible en abondance et accessible pour un coût dérisoire. La connaissance a une valeur d’usage mais elle n’a plus de valeur économique.

En revanche, son utilisation requiert un élément qui a une valeur considérable : l’expertise. Nous continuons à faire appel à des médecins ou à des avocats, non pas pour leur connaissance, puisqu’elle est accessible en quelques clics, mais pour leur expertise. C’est-à-dire pour leur capacité à comprendre et à traiter la connaissance.

Ainsi, la valeur s’est déplacée : elle ne réside plus dans la connaissance mais dans l’expertise. Toutefois, cet avantage va également disparaître. Quelles que soient les qualités de l’expert, l’abondance de connaissances est telle qu’il sera bientôt impossible de traiter un sujet avec une vision exhaustive. Les capacités cognitives de l’homme sont insuffisantes et l’algorithme est bien meilleur que lui.

Chaque expert va donc entraîner son algorithme personnel pour être plus performant et pour lui transférer son savoir. L’expertise deviendra à son tour une commodité accessible à tous. Avec l’IA disponible en abondance, le prix de l’intelligence humaine va chuter. L’intelligence ne sera plus un facteur différencient dans l’entreprise puisqu’elle deviendra une commodité accessible à tous.

Les entreprises et les individus devront se différencier et apporter de la valeur sur ce qui reste une prérogative de l’humain : l’empathie. En effet, ce qui a encore plus de valeur que l’expertise, c’est l’interaction avec les personnes, le lien de confiance et l’empathie entre les humains.

A l’avenir, l’expertise sera la prérogative de l’algorithme tandis que le médecin ou l’avocat sera le garant du lien de confiance avec le client. Nous continuerons d’aller chez notre médecin parce qu’il nous écoute, nous rassure et que nous avons une relation de confiance avec lui.

Le niveau d’empathie élevé qui existe dans le luxe deviendra la norme dans tous les secteurs. Chaque service délivré sans envie ni sincérité n’aura plus aucune chance d’être sélectionné par les clients.

Quel est l’avenir du “business” ?

La question que chaque entreprise doit se poser de toute urgence est la suivante : où est la valeur ? L’enjeu pour chaque organisation est de s’interroger sur l’existence même de son activité. Il ne s’agit pas d’injecter de l’IA pour continuer son activité en l’améliorant. Nous allons assister à un déplacement massif de la valeur.

Le rôle des entreprises sera d’inventer de nouveaux usages et de nouveaux services en utilisant les algorithmes. Tous les produits et services devront tendre vers l’excellence. La différence se fera sur l’expérience et les services que les entreprises créeront grâce à la technologie.

La plupart des entreprises entreprennent leur transformation digitale en pensant que c’est leur manière de produire ou de délivrer leur offre qui mutera grâce à la technologie. C’est une erreur. Elles doivent être prêtes à abandonner leur “business model” et se demander où sera la valeur dans le futur. La seule solution pour survivre sera de se saborder soi-même au lieu de continuer à renforcer son activité de façon plus ou moins illusoire. Il faut tuer ses produits stars avant que les disrupteurs le fassent.

La valeur d’une entreprise comme Kodak s’est déplacée dès lors que les clients ont abandonné les photos papier pour visualiser leurs photos numériques sur un smartphone. Kodak n’a pas compris que le comportement des clients avait changé. Ses dirigeants se sont aveuglés en partant du principe que ce qui avait de la valeur pour les clients à un moment donné en aurait toujours. Ils n’ont pas compris que la disruption consistait précisément à rendre une activité ou une manière de faire obsolète et de la faire disparaître.

La valeur d’une entreprise comme Netflix se trouve dans l’expérience client et dans son algorithme de recommandation. Or, Netflix considère que le futur du divertissement d’ici quelques années ne sera plus sur les écrans, mais que nous pourrions ingérer une pilule hallucinogène qui nous emmènerait dans d’autres mondes, sans danger ni effets secondaires. L’usage d’une drogue, voilà comment un disrupter pense le cinéma du futur.

Quelle est la prochaine étape de la disruption ?

L’ultime frontière à franchir pour rendre nos interactions les plus immédiates et intimes possible avec les machines est de disrupter le langage humain, de faire disparaître toutes les interfaces pour utiliser la technologie par la pensée. Ce n’est pas une utopie puisque nous sommes déjà capables de piloter un drone par la pensée.

A terme, l’objectif est de nous doter d’un super-pouvoir télépathique pour nous permettre de communiquer directement par la pensée, de cerveau à cerveau. Ces interfaces vont ouvrir une période d’augmentation de la productivité considérable.

Cependant, les questions d’éthique soulevées par ces avancées dans le domaine des neuro-technologies donnent le vertige. Jusqu’où accepterons-nous de laisser l’accès au contenu de nos pensées par des tiers ?

Auteur: Frédéric PICHARD

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