Les manifestes sur la protection de la vie privée : “privacy washing”, avantage concurrentiel et dénonciation publique

Depuis peu, les géants de Web publient des manifestes d’entreprise pour prouver leur attachement à la confidentialité des données. Alors que Facebook fait l’objet de onze enquêtes par l’autorité Irlandaise de protection des données et de critiques virulentes de son homologue canadien, elle est pourtant la dernière entreprise à s’être dotée d’un tel manifeste. Selon son fondateur, Mark Zuckerberg, l’objectif est de montrer que Facebook est en état de devenir « une plateforme de messagerie et de réseau social axée sur la confidentialité ».

Par exemple, l’année dernière, Microsoft a déclaré son engagement envers le RGPD et Cisco a plaidé en faveur d’une réglementation fédérale américaine sur la confidentialité des données tout en critiquant leur monétisation. Cela contraste fortement avec l’approche décentralisée de Google et Facebook en matière de réglementation et leurs applications respectant plus ou moins bien la vie privée.

Un tel manifeste permet à la fois de se différencier de la concurrence tout en dénonçant de manière implicite les pratiques de celle-ci :

Facebook se prononce contre le travail dans les pays qui ne respectent pas les droits de l’homme et la confidentialité des données ; l’entreprise serait prête à perdre un marché plutôt que de porter atteinte à la confidentialité et la sécurité des données de ses utilisateurs. Pour se distinguer de ses concurrents, Facebook attaque tout d’abord implicitement Apple et Google sur le terrain du stockage sécurisé des données. Ces deux derniers ont pour point commun d’être implantés en Chine : le premier est contraint d’héberger des données et même des clés de cryptage en Chine, alors que le deuxième, à travers son projet Dragonfly, travaillait sur une version censurée du moteur de recherche pour le gouvernement chinois.

Dans son manifeste, Facebook poursuit ensuite le débat croissant sur le cryptage mondial en mettant en avant un chiffrement de bout à bout sur toutes ses plateformes. Sur ce point, Zuckerberg prend fermement position contre l’Australie qui a récemment adopté un projet de loi exigeant l’accès aux données cryptées, ou encore l’Inde qui débat actuellement d’une loi exigeant une traçabilité de la messagerie rendant le cryptage inutile. Facebook cherche à renverser le modèle économique chinois en aspirant devenir un guichet unique pour les finances

Concernant l’avenir des manifestes, il semble que Google, Netflix et Amazon soient les prochains à en publier. Jusqu’ici les manifestes émanent des dirigeants des entreprises.

Plus intéressant, les employés devraient bientôt élaborer leurs propres manifestes :

C’est dans cette optique là que les employés de Google ont rédigé une lettre ouverte pour protester contre Dragonfly ou encore le fait de travailler pour le Pentagone. Les employés de Microsoft ont quant à eux envoyé une lettre ouverte à leur dirigeant pour leur demander d’annuler un contrat de 480 millions de dollars avec le département américain de la Défense.

Source : https://www.darkreading.com/vulnerabilities—threats/data-privacy-manifestos-competitive-advantage-or-the-start-of-something-bigger/a/d-id/1334242

Auteur: Margot Capdeville

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