Les raisons du succès du Mobile Money en Afrique de l’Ouest

A l’heure du full Web, de la dématérialisation ou de l’instantanéité, l’économie mondiale voit s’accélérer la tendance aux transactions virtuelles : l’économie sans “cash”.
L’Afrique de l’Ouest, bénéficiant de la diffusion rapide des technologies, s’inscrit dans cette dynamique et devient un modèle à suivre dans l’alliance des services financiers, des paiements et du téléphone mobile. 

Grâce à un marché favorable, le développement du Mobile Money a été possible sur le continent.

Les caractéristiques du marché en Afrique de l’Ouest

Différentes caractéristiques font de l’Afrique de l’Ouest un marché favorable à l’implantation du Mobile Money : un faible taux de bancarisation, une rareté des petites coupures, un taux d’équipement téléphonique important, un maillage significatif des compagnies téléphoniques (les « telcos ») et un fort besoin en transfert d’argent des villes vers les zones plus reculées.

Avec près de 80% de personnes non bancarisées et un faible taux d’équipement en TPE des commerçants, les transactions en “cash” ont pendant longtemps eu une place importante en Afrique de l’Ouest, que ce soit pour le paiement des factures d’électricité, le règlement des loyers ou l’achat d’un véhicule. Cependant, avec des billets aux valeurs faciales allant de 500 à 10.000 FCFA (de 0,75€ à 15€) et une rareté des petites coupures et pièces de monnaie, le rendu monnaie pose souvent problème. Que l’on soit résident ou touriste, qui n’a jamais entendu, après avoir tendu un billet pour régler son addition au restaurant, sa course de taxi ou ses courses à la caisse d’un supermarché ivoirien : « Y’a pas monnaie » ? A cela s’additionne le manque de liquidité en fin de mois dans les distributeurs automatiques de billets (DAB).

Par ailleurs, le taux de pénétration des connexions (cartes SIM) s’élevait à 86% en 2018 avec une projection à 96% d’ici 2025 (on parle même de multi-détention ce qui permet aux usagers de switcher d’un réseau mobile à un autre en fonction de la couverture du lieu où ils se trouvent) et le maillage des telcos est plus important que celui des banques, ce qui permet d’offrir un service de proximité dans les villes et les campagnes.

Les raisons du succès du Mobile Money

Au départ, l’objectif des telcos est commercial : fidéliser une clientèle volatile en facilitant les rechargements de crédit mobile. C’est finalement un besoin client de transfert d’argent non adressé des populations citadines vers leurs familles restées en zone rurale qui fait, en 2007, le succès de Safaricom (filiale kenyane du groupe Vodafone) à travers sa solution de Mobile Money M-Pesa.

Concrètement, avec les services basiques de Mobile Money, l’utilisateur peut créditer son téléphone, payer des factures, effectuer des paiements/virements entre particuliers ou commerçants/grandes enseignes. L’enrôlement est facilité : une pièce d’identité et un numéro de téléphone suffisent pour souscrire à la solution.

Au niveau technologique, le Mobile Money fonctionne par codes USSD type « #0000# » : pas besoin d’internet ou de smartphone dans une région où la connexion n’est pas optimale et son coût élevé.

Les bénéfices du Mobile Money

Depuis plus de dix ans, le Mobile Money en Afrique a fait bien plus qu’adresser un réel besoin. Pour preuve, les transactions monétaires effectuées par mobile pèsent près de 10 milliards d’euros pour l’année 2018 en Côte d’Ivoire.

Le Mobile Money est une solution qui permet l’inclusion financière et donc le développement social des populations non bancarisées de la région, notamment les ruraux, les femmes et les entrepreneurs / commerçants du secteur informel. Fin 2018, 54% de la population adulte du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Ghana utilisaient les services de monnaie électronique de façon active.

Pour les banques, c’est un dynamiseur qui permet de répondre aux défis de conquête des populations non bancarisées :  BNP Paribas, Ecobank, Bank of Africa, … se sont alliés à Orange pour proposer des solutions facilitant le transfert d’argent du compte bancaire classique au compte Mobile Money. Quant à la Société Générale, elle a lancé sa propre solution de Mobile Money YUP, qu’elle enrichira bientôt de services financiers.

L’opportunité révélée par les telcos a également ouvert la voie aux fintechs qui se multiplient dans la région. Prenons l’exemple du Ghana avec la solution Kudigo qui permet aux micro-PME du secteur informel de se formaliser à travers une application mobile intégrant comptabilité, analyse des ventes et paiements mobiles. Au Niger, le Mobile Money est à l’origine de nouveaux “business models” qui participent au développement social : pour répondre au défi de l’accès à l’eau courante au domicile des populations urbaines, CityTaps a développé un compteur d’eau prépayé qui s’alimente, à toute heure, par micro-paiements mobiles.

Face à la concurrence des nouveaux entrants sur le marché du Mobile Money, les telcos se doivent d’enrichir leur offre de services financiers : carte Visa, crowdfunding, épargne, prêts, transfert d’argent à l’international…

De quoi dynamiser le secteur en adressant une cible non bancarisée, hier boudée, mais aujourd’hui courtisée, car apparaissant comme un vecteur de croissance aux yeux des banques, des opérateurs de transferts internationaux et des fintechs.

Les obstacles au développement du Mobile Money

Pour les gouvernements, cette solution apparait comme une source de recettes fiscales indéniable : toujours en Côte d’Ivoire, les opérateurs de téléphonie mobile sont soumis depuis janvier 2019 à une taxe sur les transactions monétaires via téléphonie mobile, représentant 7,2% du chiffre d’affaires. Ce qui peut interroger sur un éventuel frein à la croissance des services proposés par les telcos dans les années à venir.

D’autres freins existent. Comme toutes les institutions financières, les telcos sont soumis à l’obligation d’identifier les utilisateurs de solutions de Mobile Money. L’identification simple et rapide proposée, qui constitue l’une des forces de l’offre, n’est pas optimale et aussi réglementée que la vérification effectuée dans les établissements bancaires traditionnels.

La mise à niveau du KYC représente deux contraintes principales :

  • Côté client, un alourdissement des entrées en relation qui pourrait avoir un effet dissuasif ;
  • Côté telcos, un processus de contrôle plus stricte qui pourrait représenter un coût élevé et se répercuter sur les tarifs proposés.

Conscient de l’obligation que représente le KYC, une grande campagne de réauthentification a eu lieu pendant le premier semestre 2018 en Côte d’Ivoire. Pour conserver leur numéro à la fin du délai accordé, les clients ont eu l’obligation de se présenter en agence pour s’authentifier. Cela illustre bien la complexification du parcours client et les conséquences potentielles sur le business.

Le Mobile Money fait partie du quotidien en Afrique de l’Ouest et permet d’adresser certains besoins en matière de développement de la région, par exemple l’inclusion financière, facteur de développement. Les contraintes fiscales et réglementaires apparues ces dernières années, bien qu’à priori contraignantes, représentent des opportunités d’innovations alliant respect des exigences en matière de réglementation, simplicité du parcours et fluidité de l’expérience client.

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Auteur: Désirée DIOP

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