Véhicule électrique : courants alternatifs

Difficile de deviner quelle sera la route suivie par le véhicule électrique tant les nouvelles sont contradictoires. Et si personne ne met en doute son avenir brillant à …long terme, les paris sont toujours plus ouverts sur sa vitesse d’émergence.

Aux Etats-Unis, l’assouplissement des normes environnementales du fameux CAFE et un prix de l’essence toujours bas repoussent un peu plus un marché encore balbutiant pour les VE.

En Europe, des questions légitimes sur des points clés – accès aux métaux rares, faiblesse des investissements publics dans les infrastructures de recharge, recyclage des batteries, etc…- donnent à certains experts le sentiment que le véhicule électrique restera une niche. Les efforts de R&D des constructeurs de premium sont pourtant massifs pour ne pas laisser Tesla seul dans ce segment. Et les seuils d’émissions de CO2 de 95g/km en 2021 seront hors d’atteinte pour la plupart des constructeurs si le mix des productions n’offre pas une part significative de véhicules électrifiés, purs électriques ou hybrides. La baisse du diesel dans le marché renforce cette difficulté. Le consensus, qui ressemble à la célèbre courbe en « crosse de hockey » des livres de management repousse désormais à 2025 une montée forte de la part de marché des VE et au-delà de 2030 une inversion des poids respectifs de l’électrique et du thermique.
En Chine, c’est le contraire. Le salon de Pékin a été le théâtre de l’annonce du plan Made in China 2025 qui complète les quotas imposant un pourcentage minimum croissant de VE aux constructeurs (10% en 2019, 12% l’année suivante, etc…) : 80% du marché de l’électrique devra être tenu par les constructeurs chinois. Et le marché électrique progresse fortement : +130% au premier trimestre 2018 avec une offre accessible avec la plupart des modèles entre 10 000 et 15 000 dollars. La Chine représente déjà le quart du marché mondial automobile et la moitié du marché des VE ! Pas de demi-mesure, la Chine veut dominer le VE comme le véhicule autonome. Et c’est bien une stratégie économique plus qu’écologique : avec le mix énergétique de production d’électricité de la Chine, un VE y émet davantage de CO2 qu’un véhicule thermique comparable !

Rappelons les trois game changer du développement du véhicule électrique : le coût des batteries qui freine encore la demande à cause d’un TCO élevé, la disponibilité d’infrastructures de recharge et la révolution des modes de charge compatible avec l’autonomie et enfin la réglementation. Sur ces trois points la Chine montre la voie.
On ne sait pas si l’automobile du futur sera autonome avant d’être électrique, mais elle sera bien chinoise !

Jacques Chauvet est Advisor de TNP depuis 2013.

Ancien membre du Comité de Direction de Renault dans ses fonctions successives de Directeur de la Division Pièces et Accessoires, puis Directeur Commercial France, puis président de la région EUROMED et à ce titre président de Dacia, Jacques a ensuite dirigé le pôle de compétitivité MOV’EO

Auteur: Jacques CHAUVET

Partager cet article :