Taux négatifs : quels impacts pour les institutions financières ?

Nous y sommes ! Il y a quelques jours, la République Française a vu le rendement de sa dette à 10 ans passée en territoire négatif. Cela signifie qu’un investisseur achetant désormais une obligation d’une maturité de 10 ans émise par l’Etat Français recevra un rendement en dessous de zéro.

Imaginez votre banque vous proposant un placement, certes des plus sûrs, mais qui ne vous rapportera rien et même pire, qui vous coûtera ! Et bien c’est actuellement le cas sur le marché de dettes souveraines. Mais comment en a-t-on pu arriver là et quels sont les effets de telles conditions de financement ?

Politiques monétaires ultra-accommodantes

En réalité, les taux d’emprunts des grands pays de la zone Euro pour des maturités inférieures à 10 ans sont négatifs depuis plusieurs années déjà. La cause principale de cette anomalie économique tient en deux lettres : QE. Cet acronyme signifiant “Quantitative Easing” relève plus de l’arme de subvention massive que d’un programme de facilité de caisse dans le cadre d’une politique monétaire conventionnelle. Rendez-vous compte, depuis le lancement de ces QE, la Banque Centrale Européenne a injecté le montant astronomique de 2500 milliards d’euros.

Cela sans compter les tombereaux de liquidités déversées aux quatre coins du globe sur les marchés financiers par les autres grandes banques centrales des pays développés.

Ces politiques monétaires inédites, impensables il y a encore 10 ans, sont devenues la norme pour des pays en manque de croissance mais aussi d’inflation. La peur de la stagnation économique et de la déflation l’a emporté. Désormais, sur les marchés financiers, il y a une contrepartie acheteuse de dettes souveraines, continuellement présente, aux poches profondes et même illimitées.

Les institutions financières impactées

Dans ce contexte, deux catégories d’institutions se retrouvent affectées dans leur business model. D’un côté, celles impactées positivement, qui se financent à moindres coûts ou même qui gagnent à s’endetter. On pense aux entreprises ayant besoin de financements et bien entendu aux Etats bénéficiant de ces programmes de rachats massifs d’actifs et de taux jamais connus auparavant. Même l’Italie, dans l’œil du cyclone des instances de l’Union Européenne, voit le rendement de sa dette jusqu’à 2 ans en territoire négatif.

De l’autre, on trouve les sociétés financières, banques commerciales, banques privées, compagnies d’assurances et sociétés de gestion d’actifs. Toutes voient d’un mauvais œil cette chute continuelle des rendements de leurs produits d’investissement favoris depuis des décennies, les obligations d’Etats. Ces titres de dettes émis par les gouvernements présentaient de nombreux avantages en étant peu risqués et versant un rendement à faire pâlir les amoureux des livrets d’épargne réglementés. Ces mêmes instruments financiers servant également de référence au financement de l’économie, comme le Bund Allemand symbolisant le taux sans risque à 10 ans en Euro.

L’assurance-vie touchée par des rendements de plus en plus faibles

Cette stratégie n’est pas sans conséquence pour les firmes gérant les bas de laine de nombreux épargnants. Les sociétés de gestion d’actifs spécialisées dans les fonds obligataires subissent une érosion continue de leurs performances et perdent de leur superbe, à l’instar du produit préféré des Français qu’est le fonds en euro, logé au sein de contrats d’assurance-vie et affichant un encours de 1 360 milliards d’euros.

Cette coquette somme, investie à hauteur de près de 80% en obligation d’Etats les mieux notés de la zone euro et notamment d’OAT émises par l’Agence France Trésor, le bras financier du Ministère des Finances de Bercy, forcent donc les gérants de ces fonds en euros à devoir acheter des titres à rendements négatifs.

Dans ces conditions, on se demande comment les promoteurs de ces fonds vont bien pouvoir distribuer leurs produits auprès du grand public. Mais ce serait sans compter les poches risquées de ces fonds, cherchant inlassablement de nouveaux actifs éligibles et rémunérateurs ainsi que les réserves constituées par les compagnies d’assurance au cours des dernières années, en prévision de ces années de vaches maigres en termes de rentabilité. Ces nouveaux modes de gestion ne sont pas neutres en termes de risques et de suivi d’activité.

Optimiser les processus pour une meilleure création de valeur

Ce changement de paradigme doit donc inciter l’ensemble de la chaine de valeur de l’épargne collective à la recherche de stratégies novatrices, d’actifs moins conventionnels et surtout d’optimisation des process afin de transformer leur organisation dans le but de faire face à cette baisse continue des rendements et ainsi d’éviter la fuite de clients échaudés par des taux si bas.

Cette fuite en avant vers la permanence de taux nuls et négatifs rend plus que jamais indispensable une préparation préalable des plus complètes, particulièrement pour les acteurs financiers tels que les assureurs, les asset managers et les banques privées afin de rester attractifs quel que soit le niveau des taux dictés par ces politiques monétaires inédites.

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Auteur: Maximilien BILLION

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